mardi 15 octobre 2013

Bolivie: Lac Titicaca et Trek Yampupata, de Copacabana à l'île du Soleil





Par Claire, stagiaire chez Terra Andina Bolivia.








La Isla del Sol, source de vie et lieu unique de ressourcement

Cela faisait déjà quelques temps que je souhaitais découvrir l’île du Soleil et le Lac Titicaca! Comment échapper, lors d’un voyage en Bolivie, à ce lieu culte qui fut à l’origine de la civilisation Inca et, qui plus est, est considéré aujourd’hui comme l’une des rares « sources d’énergie » de notre planète !
L’occasion rêvée se présenta alors : partir en weekend de « reco » avec l’équipe Terra Andina Bolivia ! 

Lac Titica - Bolivie

J’ai eu l’opportunité, à plusieurs reprises, de découvrir différents endroits en Bolivie, et pourtant, la diversité de ses paysages reste étonnante. En effet, en quelques heures à peine, il est possible de passer de l’aridité de l’Altiplano à la végétation luxuriante des Yungas. La région du lac Titicaca n’échappe pas à ce phénomène, j’y ai ainsi découvert une autre facette de la Bolivie. 

Samedi matin: En route vers Copacabana, au son imposant de la cumbia nationale, il nous faut être patient, car ce matin, comme tous les matins, la sortie de l’Alto est…chaotique. L’empressement des passagers commence à se faire ressentir : « Vamos Pues ! ». Dans le microbus, nous avons alors le temps d’apprécier l’ambiance locale, achat de petits encas à travers la fenêtre, arrêt toilette au bord de la route, discussion téléphonique animée de la "Cholita" vêtue d’une tenue traditionnelle (sensation d’anachronisme)... 

Copacabana - Bolivie

Une fois sortie de l’Alto, nous découvrons rapidement un autre type de paysage, une grande plaine aride des hauts plateaux qui met en valeur les sommets enneigés de la Cordillère Royale. Les distances étant bien relatives ici, après 3 heures de route, soit seulement 109km, nous atteignons Copacabana. Ce trajet inclut une courte traversée en bateau du détroit de Tiquina !

Cordillère Royale - Bolivie

Vers midi: nous arrivons finalement à Copacabana, une jolie petite ville au bord du Lac Titicaca qui est, depuis plusieurs siècles, un lieu de pèlerinage. En cette période de Carnaval, appelée la Challa, les voitures et les habitations sont décorées de serpentins colorés, de fleurs… preuve que les « biens » ont été « bénis ». Nous prenons un almuerzo (déjeuner) classique avec pour segundo (plat principal) de la Trucha (truite) en terrasse, au bord de lac Titicaca. 

Copacabana, rive bolivienne du Lac Titicaca

Marché de Copacabana, serpentins colorés pour la Challa - Bolivie

Après cet almuerzo fort agréable, je suis ravie de rejoindre le bateau privé avec chauffeur pour nous retrouver seuls dans ce lieu magique qu’est le lac Titicaca ! Ma première impression : ce lac est immense et est une véritable « mer d’huile ».


Lac Titicaca - Bolivie
Navigation vers les îles - Lac Titicaca, Bolivie

Le bateau nous amène à la baie Jinchaca où nous commençons le Trek Yampupata. Sur le chemin, nous découvrons la grotte de Lourdes (ou grotte de Fatima), soit une statue de la Vierge. Cette dernière rappellerait le lieu Saint français ou celui du Portugal, elle est surtout une preuve du syncrétisme religieux en Bolivie. Ce trek nous fait longer le Lac Titicaca, et nous offre de beaux paysages : vue du lac, presqu’île, petits hameaux, cultures de légumes, végétations généreuses… soit un chemin paisible à la découverte du lac et de la « campagne bolivienne ».


Trek Isla del Sol - Bolivie
Trek Yampupata - Bolivie

Randonnée sur les îles du Lac Titicaca

Une fois arrivée à Yampupata, le bateau privé nous emmène au Nord de la Isla del Sol. L’arrivée sur l’île est superbe, nous sommes seuls et le décor dans lequel nous sommes plongé est embelli par les couleurs d’un soleil tardif. De grands escaliers d’époque Inca nous mènent au charmant village de Yumani. Sur le chemin, nous découvrons une fontaine formée de trois jets d’eau qui symbolisent les trois incas : Ama Sua, Ama Ululla et Ama Kella. 

Arrivée à Yumani - Lago Titicaca, Bolivie


Escaliers Incas - Isla del Sol
 
Village Yumani - Lac Titicaca

Cette eau sacrée, chez les Incas, aurait la propriété de préserver la jeunesse !
Ensuite, un petit sentier nous conduit jusqu’à l’Ecolodge Estancia. Le paysage est si féerique que je dois m’arrêter tous les 50 m pour prendre une photo (différentes couleurs et perspectives). Le lac marque une étendue d’eau bleu foncé qui contraste avec d’une part la couleur rouge de la Isla de la Luna et d’autres part, la couleur blanche des nuages et de la Cordillère Royale

Isla de la Luna - Lac Titicaca, Bolivie
 
Vue sur la Cordillère Royale  - Lac Titicaca, Bolivie

Une fois arrivés à l’Ecolodge, nous profitons de l´incroyable vue panoramique sur la Cordillère Royale. En effet, l’Ecolodge est très bien situé, c’est un hébergement écologique de haut standing. En tout et pour tout, nous avons marché 4h, une marche sans difficulté et agréable, en particulier, la montée vers le village de Yumani

Marche Yampupata - îles Lac Titicaca, Bolivie
 
Yumani - Lago Titicaca, Bolivie

Dimanche : Nous partons ce matin pour le sud de l’île via le trek de la Isla del sol. Cette randonnée, tracée par des vieilles pierres, est magnifique. Nous longeons le Lac Titicaca et, parfois, il est possible de voir le lac de chaque côté de l’île. Nous avons croisé peu de personnes. 

Isla del Sol - Titicaca, Bolivie
 
Randonnée sur l'île du Soleil - Lac Titica, Bolivie

Il me semble que l’une des vues les plus spectaculaires se trouve à l’approche du bout de l’île. Finalement, nous arrivons aux ruines de Chincana

Ruines de Chincana, Isla del Sol, Bolivie
 
Chincana, île du soleil - Lac Titicaca

Après 3h30 de marche, nous retrouvons notre chauffeur et son bateau à Challapampa

Challapampa - Lac Titicaca, Bolivie
 
Nous retournons à Copacabana et faisons un arrêt sur l’île de la lune pour y visiter les ruines Acllahuasi. Il s’agit d’un couvent Inca qui abritait autrefois les vierges du Soleil. Ces dernières étaient présentées, par la suite, en offrande au soleil et à la lune. C’est un site relativement bien conservé. 

Isla de la Luna - ruines incas Acllahuasi
 
Lac Titica, Bolivie


En fin d’après-midi, nous retournons à La Paz

Ps : Il est recommandé d’effectuer le trek de la Isla del Sol en période de pleine lune, un spectacle inoubliable !

Visualisez ce voyage de reconnaissance en Bolivie sur cette carte:







Ver Bolivie: Lac Titicaca et Trek Yampupata, de Copacabana à l'île du Soleil en un mapa ampliado

mardi 1 octobre 2013

Pérou: immersion dans la jungle amazonienne à Iquitos




Par Claudie Perche, conseillère voyage chez Terra Andina Peru





L’Amazonie… merveille naturelle du monde… 
 
Quand on pense au Pérou, on pense bien sûr à Machu Picchu et de manière générale aux paysages andins.

Et pourtant le bassin amazonien recouvre plus de 60% du territoire péruvien !

Pour partir en reco, j’ai dû surmonter ma peur des insectes dont je ne suis vraiment pas fan…Bon, j’ai toujours peur à la vue d’un cafard, c’est clair, mais je suis définitivement fan de la « Selva », de ses couleurs, de ses nuits étoilées, de ses bruits. A mon sens, un incontournable dans la découverte du Pérou, l’idéal pour finir dans un autre décor, un autre monde mais dans le même pays : c’est ça la magie de l’Amazonie!

Après avoir découvert la région de PUERTO MALDONADO, je me suis aventurée vers IQUITOS, au nord du pays, isolée, inaccessible par voie terrestre. On y arrive donc par bateau ou par avion. 


Carte du Pérou

A la sortie de l’avion, le choc des températures : c’est sûr que sortir à la fraiche d’un avion climatisé et se prendre un vent chaud à 30 degrés, ça fait drôle… l’air est humide (le taux d’humidité avoisine les 95%)… Oufff… Bienvenue en Amazonie ! 

Iquitos a connu une grande expansion en 1880 avec le boom du caoutchouc, elle a alors attiré de nombreux étrangers : Portugais, Espagnols, Américains, Français. Alors que le caoutchouc s’effondre 30 ans plus tard, la ville tombe peu à peu dans l’oubli sur le plan économique. On trouve encore des restes de ce passé en passant devant la maison de fer, dessinée par Gustave EIFFEL. 
 
La Maison de Fer à Iquitos, Pérou


Iquitos, Amazonie péruvienne

Le lendemain, on passe aux choses sérieuses : c’est parti pour une immersion de 4 jours dans la jungle péruvienne. Direction le MUYUNA LODGE, qui a attiré notre attention par son isolement. En effet, alors que la plupart des Lodges se trouvent à proximité d’Iquitos dans le sens du courant, MUYUNA est placé à contre-courant, à 3 heures de navigation sur le fleuve AMAZONE et YanaYacu. Un Lodge reculé donc, et proche de nombreux lacs : bien entendu pas de couverture réseau, ni électricité. Coupée du monde, au rythme de la nature, le programme s’annonce plutôt bien! 
 
Navigation sur le Fleuve Amazone, Pérou

A l’arrivée au Lodge on est reçu avec un délicieux jus de fruits frais. Après avoir rencontré notre guide pour les prochains jours, on se sert au déjeuner-buffet. 


Muyuna Lodge, Iquitos, Amazonie péruvienne


Bungalow du Muyuna Lodge au cœur de la Jungle au Pérou

Les petits bungalows privés sont joliment décorés, sobres et confortables. Des petites lampes a pétrole dont disposées dans les chambres pour le soir. Chaque bungalow dispose de son balcon avec hamacs, très appréciés au retour des excursions pour se reposer tranquillement tout en profitant du décor… 

L’après-midi, nous partons pour une partie de pêche aux piranhas sur le lac Corrientes. Mine de rien, je commence à maitriser pas mal !! Les piranhas sont carnivores, on les pêche donc avec des petits morceaux de viande. Pas si facile de les attraper ! A peine le morceau dans l’eau, tu en sens 10 à vouloir le choper… ! Le temps de réagir, il n’y a plus rien au bout de la canne… Le lac est magnifique…j’aurais bien voulu m’y baigner mais… non… je bloque… 
 
Pêche aux piranhas sur le lac Corrientes - Amazonie, Pérou


Lac Corrientes - Forêt amazonienne, Iquitos, Pérou

En fin d’après-midi, on entame une petite marche dans une zone marécageuse de toute beauté pour y découvrir la plus grande plante aquatique au monde : la VICTORIA REGIA
 
Marécage - Amazonie, Pérou


Victoria Regia, marécage forêt amazonienne, Pérou

Après le diner, nous partons à la recherche de caïmans. Ils s’observent la nuit, avec une lampe torche grand format, on scanne la zone, et les yeux des caïmans apparaissent alors comme 2 billes lumineuses. On les approche doucement. Le caïman peut faire jusqu'à 7 mètres et peser plus de 1.000 kg…

Première nuit : j’adore. En sécurité dans le bungalow, pas un moustique, ni un cafard qui traine, et s’endormir avec les bruits indescriptibles de la jungle : le top !

Le lendemain matin, nous partons pour la communauté native voisine du MUYUNA : SAN JUAN DE YANAYACU. Nous traversons le  village  et visitons son école. Les visiteurs peuvent participer par exemple en apportant quelques cadeaux aux enfants de l’école (crayons, livres de dessin). Sur place, on peut aussi trouver de l’artisanat local, réalisé par les femmes de la communauté. 


Ecole de la communauté San Juan de Yanayacu - Amazonie péruvienne
 

L’après-midi, nous partons en barque vers le lac PURURA, ou nous pourrons, entre autres, observer des martins-pêcheurs. Personne sur le lac, juste notre barque, et un pêcheur au loin. Alors que le temps devient quelque peu menaçant, nous rentrons au Lodge. Il pleuvra presque toute la nuit, jusqu’au lendemain dans la matinée. 
 
Martin-pêcheur sur le Lac Purura, Amazonie, Pérou


Pluie sur le Lac Purura, jungle amazonienne, Pérou

Le lendemain, nous partons pour une marche-observation d’environ 3 / 4 heures. On y croise le shansho (plus connu comme l’Hoazin) qui a vraiment des allures d’oiseau préhistorique !

Le Muyuna propose des programmes spécialisés dans l’observation des oiseaux (birdwatching). Et les intéressés ne seront pas déçus. La zone est préservée, il n’y a pas d’autres Lodges à proximité, ce qui favorise largement l’observation. 
 
Observation des oiseaux - Amazonie Pérou


L’après-midi, nous naviguons sur les lacs Sapote et Moena, et observerons les oiseaux dont le pivert. On rencontrera aussi de très près le singe paresseux

Pivert - Jungle amazonienne, Pérou

Le Paresseux - observation de la faune en Amazonie péruvienne

Le soir après le diner, on part pour une balade nocturne. Le but: trouver le crapaud géant, d’environ 25 cm. On le trouvera…. Impressionnant ! Juste avant de partir je m’étais faite agressée par une grenouille qui a attendu que je sois a la porte de mon bungalow pour me sauter sur le dos… Bref, je ne me suis pas attardée devant cet énorme crapaud.

Le quatrième et dernier jour se termine par le moment fort du programme : Tôt le matin on part admirer la Victoria Regia, avec de la chance, en fleurs. Puis nous naviguons du fleuve Yanayacu jusque sur l’Amazone, ou nous observerons les dauphins gris et roses : on ne les trouve que dans le fleuve Amazone

Les dauphins roses et gris du Fleuve Amazone


Victoria Regia, marécage sur le Fleuve Yanayacu

Pour clore le tout, j’ai dépassé mes limites et piquer une tête dans l’Amazone. Bon, avant de plonger j’ai dû demander 50 fois à mon guide s'il n'y avait aucun risque : anacondas, caïmans, piranhas, a priori aucun souci… En expliquant à mon collègue Luis que j’ai juste vu une sardine sauter de l’eau et me passer devant le nez, il s’est bien marré : « tu t’es pas demandée pourquoi elle sautait ?? » Ah…. y’avait quoi en dessous ??.... Je ne veux même pas le savoir… Toujours est-il que je me suis baignée dans l’Amazone, et c’est une chouette expérience! 

Baignade dans le Fleuve Amazone, Pérou

La région se visite toute l’année. Il pleut de manière régulière. Il n’y a pas de mois ou il pleut plus que d’autres. En saison des pluies dans les Andes (de Décembre a Avril), le fleuve aura monté d’environ 6 mètres!

Si l’on vient pour marcher, mieux vaut éviter, donc, la saison des pluies (Décembre-Avril), car les endroits accessibles à pieds sont enfouis sous quelques mètres d’eau. Par contre, si l’on y vient pour observer oiseaux et singes mieux vaut privilégier cette période : le fait de naviguer près de la cime des arbres facilitera l’observation. 

Retrouvez en ligne le détail du circuit complet Mayuna Lodge de quatre jours.

Visualisez ce voyage de reconnaissance en Amazonie péruvienne sur cette carte:



Afficher Pérou: immersion dans la jungle amazonienne à Iquitos sur une carte plus grande

vendredi 13 septembre 2013

Afrique du Sud : les aventures de Kanto en Pays Venda, Limpopo et au Parc Kruger


 


Par Kanto Raomiala, conseillère voyage chez Terra South Africa.






South Africa is not for sissies* ! 
* mauviettes


A 6h30 ce matin, mon guide Sipho et moi nous rendons aux piscines naturelles creusées dans de la roche de Mashovela. C’est le départ d’une grande randonnée jusqu’à une cascade et ces fameuses piscines. Nous arrivons à une belle piscine de roche et un site qui raconte d'incroyables histoires Venda, l’ethnie qui peuple la région. Nous nous attardons sur place puis continuons vers la grande chute d'eau. La randonnée devient plus intense avec un peu d'escalade à l’aide de chaînes pour nous tirer vers le haut. 

La piscine naturelle de Mashovhela

Presque au sommet (à environ 800m d'altitude), je glisse et m’agrippe à la chaine avec mon bras droit pour retenir mon corps tout entier qui partait dans le vide…Sipho, qui grimpait devant moi, descend aussi vite qu'il le peut pour m'aider et me rattraper. Mais je remarque qu'il n'a pas une bonne adhérence, que ses jambes tremblent alors qu’il essaie d'atteindre ma main. Je refuse de prendre sa main pour ne pas nous entrainer tous les deux dans une chute vertigineuse. Sipho crie et me prie de saisir sa main. Soudain, je sens un peu d'adhérence sous mon pied droit et je parviens à m’élever. Sipho m’attrape par la main et me tire vers lui tel Superman, un moment d’adrénaline pure ! 

Randonnée et escalade en Pays Venda

Trekking dans le Limpopo

A l’arrivée au sommet, mon rythme cardiaque est à son paroxysme, je sens mon cœur quasiment sortir de ma poitrine... Nous restons silencieux pendant un moment pour reprendre notre souffle. Sipho me dit avoir bien stressé car j'ai refusé de prendre sa main. Cependant, il admet qu’il n’était pas dans une position très confortable pour me sortir de ce pétrin. En fin de compte, nous sommes tous les deux contents de nous en sortir avec seulement quelques ecchymoses et coupures, et nous apprécions la vue sur une belle cascade qui a failli nous coûter la vie!

Ce même jour, quelques heures plus tard, je me dirige vers Pafuri, la porte tout au nord du parc national Kruger, pour rejoindre « The Outpost », un beau Lodge niché tout au nord du célèbre parc animalier. C’est ici que j’ai prévu de passer la nuit. Le parc Kruger est le territoire des plus gros animaux sauvages de la brousse africaine où ils peuvent vivre et chasser librement: lions, léopards, éléphants, buffles, rhinocéros (les Big Five)… 

Léopard en chasse

J’arrive à la porte de Pafuri à 11h45 puis suis la pancarte Outpost Lodge dans le parc. Je roule pendant environ quinze minutes avec seulement de la brousse autour de moi et j’arrive à une bifurcation avec un nouveau panneau indiquant le lodge. Cependant, il n’est pas fléché et j’ai deux options : je tourne à droite (route qui part en descente) ou à gauche (route qui monte le long d’une colline). Je vérifie l'état de la route et décide de prendre à droite. De toute façon, si je me trompe, je peux revenir en arrière ! Je conduis le long de cette route qui descend jusqu'à un grand plan d’eau, beau paysage, un barrage hydraulique et c’est une impasse ! Je roule alors sur une piste de sable épais avec ma petite Toyota Etios de location. La belle et moi nous embourbons immédiatement dans le sable, il est 12h15…Je redémarre la voiture et essaie d'aller en avant... rien. Marche arrière... rien. Je ne fais pas de nouvelles tentatives afin de ne pas m’ensabler davantage. J’ai vécu cette situation maintes fois lors de mes quelques périples à Madagascar ! 

Voiture ensablée en territoire des "Big Five"
Je coupe donc le moteur et vérifie mon téléphone: pas de réseau cellulaire. Je garde mon calme et pense aux différentes solutions qui s’offrent à moi. Pas grand-chose en fait… tout ce que j'ai sous les yeux c’est une brochure que l’on m’a remise à l’entrée du parc ou il y a écrit: « Ne sortez pas de votre véhicule sous aucun prétexte, pour les urgences, appelez le… ». 

Après vingt minutes coincée dans la voiture, je commence à me sentir un peu mal à l'aise. Je respire profondément et analyse de nouveau ma situation. J’observe les alentours et je vois que près de l’eau, à environ 80 mètres de la voiture, il y a une petite boîte verte qui ressemble à un poste téléphonique. Je pense que c’est peut-être un téléphone d’urgence. Alors je commence à penser à mettre de côté le : "Ne sortez pas de votre véhicule… " et marcher jusqu’à cette boite verte pour savoir si elle peut m'apporter un peu d’aide. Je sors de la voiture, regarde autour de moi, fais un premier pas, regarde autour de moi, deuxième pas, regarde autour de moi. Au troisième pas… des empreintes…de lions ! 
Après avoir vécue 8 ans en Afrique du Sud et participé à plusieurs safaris dans de belles réserves, je connais leurs empreintes par cœur. Des empreintes aussi grandes que toute ma paume de main ! Un bond en arrière, je me retrouve à la case départ, de nouveau dans ma petite voiture. 

Furieuse et stressée par les évènements, je redémarre la voiture et tente de me sortir de ce cauchemar… Je fais marche-avant puis marche-arrière, j’insiste et je m’enfonce plus profondément dans le sable. Je commence aussi à klaxonner. Je klaxonne aussi longtemps que je peux et je crie « hellOOoooOOOOO » en même temps (comme dans l’un de ces thrillers ou film d’horreur). Je réalise après un bon bout de temps que je suis descendue bien bas dans la vallée et avec le bruit du barrage, personne ne peut m'entendre sauf les quelques corbeaux et des chimpanzés qui m’observent depuis que je me suis plantée.

Bref, le gros stress m’envahit et je commence à suer à grosses gouttes. Je regarde mon téléphone à nouveau avec l'espoir de recevoir un réseau imaginaire: rien ! Je commence à taper un message SOS à mon amie Kesia. Même si je n'ai pas de signal, j'espère en quelque sorte que mon message va passer- on ne sait jamais. Je mets à jour mon statut sur ​​BBM, la messagerie de Blackberry, au cas où Kesia n’aurait pas son téléphone sur elle (je pense que quelqu’un va finalement voir que j'ai besoin d'aide). J'essaie même d'appeler le 911, mais rien ne fonctionne…

Après un certain temps, je suis profondément embourbée dans le sable et dans mes pensées avec les différentes alternatives et possibilités qui s’offrent à moi (plans A, B, C, D... aucun d'entre eux n’est satisfaisant).

Bref :
 
- Plan A: sortir de la voiture et marcher vers la boîte verte pour appeler à l'aide, si possible.

 
- Plan B: sortir de la voiture, creuser sous les pneus, chercher quelque chose de stable et compact (cailloux et branches) pour donner une traction à la voiture. On démarre et on fait marche arrière, marche avant... Il me semblait à cet instant qu’aller vers l’avant n’est peut-être pas la meilleure solution car le sable devient plus épais.

 
- Plan C: Mettons de côté le "Ne sortez pas de votre véhicule… ", facile à respecter depuis que j'ai vu des empreintes de lions partout! Le Plan C consiste à klaxonner jusqu'à ce que la batterie de la voiture soit à plat et crier jusqu'à ce que quelqu'un puisse m’entendre et venir à mon aide. Je vois le Plan C comme la pire des solutions…

 
- Plan D: Ne pas se fatiguer, arrêter de klaxonner et crier, personne ne peut m’entendre. M’installer confortablement, essayer de me détendre, être patiente et avoir un peu de sagesse (signifie suivre les règles donc rester dans la voiture). J'ai une bouteille d’1,5 litre d'eau (merci maman pour ce réflexe), une orange achetée à Thambazimbi, un petit fromage Babybel acheté au Alldays, quelques biscuits et du chili droewors (une saucisse traditionnelle sèche épicée). Quelqu'un finira sûrement par me trouver, peut-être dans quelques heures, peut-être dans 1 ou 2 jours, peut-être plus…

 
- Plan E: Sortir de la voiture et grimper au sommet de la montagne en face de moi car il pourrait y avoir du réseau téléphonique là-haut.

 
- Plan F : la dernière chose que l’on a envie de faire: prendre le sac à dos, le téléphone dans la main droite en cas de signal (faire passer mon SMS) et revenir à pied vers la route principale et l’intersection qui m’a induite en erreur. Direction le lodge, en territoire « Big Five ». Peut-être que je vais croiser d’autres clients qui vont au lodge et qui s’arrêteront pour me demander si je ne suis pas timbrée? Marcher vers le lodge, prier et espérer qu'il n'y aura pas de prédateurs sur le chemin. Il suffit de marcher jusqu'à Dieu ne sait où, autant que possible et permis…


Je décide de mettre en place le plan A. Il me faut beaucoup de temps et du courage pour sortir de la voiture car je suis toujours marquée par ces traces de lion. Mais avec beaucoup d’adrénaline, je parviens finalement à la boîte verte qui est fermée avec un cadenas ! Cela ne m’aide pas du tout ! Je retourne vers la voiture et vois des empreintes de hyènes !

Place au Plan B – cela commence à devenir plus facile de sortir de la voiture à la fin… je récupère quelques cailloux, tire vers la voiture des branches et creuse sous les pneus pendant environ 1h30. J’ai les mains écorchées par les branches, des bleus à force de cogner contre les pierres, des coupures sur les jambes, le pantalon déchiré, les ongles abîmés par les efforts pour creuser dans le sable. Je dois avoir 1 ou 2 kg de sable dans mon pantalon et mes sous-vêtements. Je transpire et stresse comme jamais. Je reste en alerte tout le temps au cas où j’aurais de la visite. Je redémarre la voiture et insiste sur mes marches-avant et marches-arrière à plusieurs reprise avec l’aide des pierres et des branches sous les roues. Mais la voiture est trop enfoncée dans le sable ! 

Auto embourbée en plein territoire des fauves - Parc Kruger

J’arrive au Plan C: klaxonner et crier un peu plus… rien. Je perds juste de l'énergie et me mets en colère contre le corbeau et le singe qui me fixent du regard. Je pense maintenant au Plan D tout en essayant d’oublier définitivement le Plan C. Mon esprit commence à être bien embrouillé et fatigué. Je me réfugie dans des endroits bien macabres de mon cerveau. Je tremble à l'idée d'attendre en plein hiver dans la voiture pendant des jours... Plus j'attends, plus je me perds dans mes imaginations et commence à halluciner de choses abominables (je me vois dévorée par des lions, des hyènes, les membres déchiquetés, etc.). C’est à ce moment que je me rends compte que j'ai besoin de rester active et productive afin de ne pas gamberger.

Le Plan E me vient maintenant à l’esprit - escalader la montagne pour trouver un réseau téléphonique. Je me dis: «Si je peux grimper la montagne pour chercher du réseau (et je ne sais pas s’il y en aura), je devrais plutôt mettre le plan F en marche. Être audacieuse, prendre tous les risques et marcher jusqu’au Lodge sans savoir ou je suis ni à quelle distance il se trouve sans parler de ce que je peux rencontrer en chemin ! ». 

Je pense à ce Plan F complètement fou pendant un long moment et je repars vers les endroits macabres de mon cerveau. J'attrape mon sac à dos avec mon appareil photo (derniers souvenirs de moi), la bouteille d'eau, l'orange et le fromage. Mon Blackberry dans la main gauche au cas où je récupère du réseau, une pierre de belle taille dans ma main droite pour me défendre si nécessaire. Je me dis que s'il y avait un prédateur dans les parages, il m’aurait probablement déjà vue et sentie avant que je sois coincée ici et m’aurait déjà dévoré. Je ferme la voiture et commence à marcher en direction de la route principale, il est 14h30… 

La brousse s’anime autour de moi et je sens mon cœur battre plus vite à chaque pas. A environ 500 mètres de la voiture, je vois d'énormes empreintes d'éléphants et d’autres empreintes de hyènes. La voix de la raison résonne en moi et essaie de me convaincre que ce que je fais est vraiment «stupide» et qu’il vaut mieux retourner à la voiture et attendre. Cependant, une partie de moi, la partie rebelle, irrationnelle et obstinée prend le dessus et ne veut pas regarder en arrière ni revenir à la voiture. Je décide d'aller de l'avant et plus rapidement encore. J'entends des grognements d’animaux, le corbeau qui continue de faire des bruits effroyables. Je regarde autour de moi, perds mon souffle, effrayée mais prête à continuer. Mon cœur bat plus vite que je ne peux respirer et marcher.

A un moment, je vois l'histoire de ma vie au ralenti, toutes les personnes que j'ai aimées, je sens des larmes froides le long de mon visage. Des larmes de tristesse et de peur. Mes peurs ont pris le contrôle mais je me bats pour y résister. J’arrive finalement à l’intersection sur la route principale et je récupère la route qui monte le long de la colline en direction du Lodge. Il me faut plus ou moins 10 minutes de marche pour découvrir le plus beau mur gris jamais vu, cela ressemble fortement au Lodge.

J’arrive par l’unique entrée du Lodge et vois des personnes assises. Je rentre par la première porte et comprends que les personnes face à moi sont le staff du Lodge. Ils se demandent «Quoi? Qui ? Et comment ? » Lango (qui accueille habituellement les clients du Lodge) pense que je suis une immigrée clandestine du Zimbabwe qui a réussi à rejoindre l’Afrique du Sud sans être mangée par un carnivore ou arrêtée par la police des frontières ! Je suis en sueur, sale, pleine de boue, ma main droite a une coupure et j’ai étalé le sang de ma coupure sur mon visage en m’essuyant. Je parais pâle et fatiguée. Dans un premier temps, je ne parviens pas à parler, probablement toujours sous le choc. Je m'effondre sur le canapé alors que je serre la main de Lango et lui dis : «Je suis Kanto ». Elle se fige puis s'assit à côté de moi. Tout le monde se réunit autour de moi comme si j'étais une célébrité et me demande ce qu’il s'est passé. Ron, le gérant du lodge, court vers moi depuis son bureau et me tend la main tout en me proposant d’appeler un docteur. Je dis que le kit de premiers secours que j’ai dans mon sac à dos devrait suffire. Ils me demandent ce qu'ils peuvent faire et si je souhaite boire quelque chose. Sans réfléchir, je demande :"un Coca s'il vous plaît". Je n'aime pas le Coca-Cola et n’en bois pas habituellement, mais cette fois je le souhaite vraiment! J'ai besoin de sucre!

Après avoir bu probablement le meilleur Coca de ma vie, je leur raconte ma folle histoire et ils sont tous ébahis. Ils sont choqués par le fait que j’ai marché jusqu’ici et non pas par le fait que je sois restée bloquée pendant 3 heures ! Ron me demande s'il y a quelqu'un que je veux appeler avec le téléphone satellite du Lodge. J’en profite pour appeler mon amie Kesia pour lui dire d'ignorer mes messages SOS au cas où elle finirait par les recevoir. Kesia ne répond pas! Ron tente aussi d’appeler Kesia mais ne parvient pas à la joindre. Je finis par lui envoyer un email du satellite du Lodge en lui racontant brièvement mon histoire.

The Outpost Lodge - vue depuis la baignoire

Après une pluie d’excuses et un « Wow! Vous devez être vraiment courageuse… ou complètement folle », une des employées qui travaille au Lodge depuis 8 ans me dit qu'elle n’aurait même pas marché 50 mètres en dehors du Lodge sans un guide et un fusil...

Nous avons partagé beaucoup d’histoires avec le personnel. L'endroit où je suis restée coincée est l’emplacement choisi pour organiser les barbecues surprise en pleine brousse pour les clients du Lodge. Comme je suis la seule cliente, ils n'avaient pas prévu de s’y rendre avant plusieurs jours. Selon les guides d’Outpost Lodge, c’est au cœur du territoire des fauves et ils y rencontrent régulièrement des léopards! Bravoure ou pure folie? Je ne sais pas .... Peut-être un peu des deux… Peu importe, je suis de nouveau sur la route, et Viva la Vida!

Territoire des prédateurs - Parc animalier Kruger

Visualisez ce voyage de reconnaissance dans le Limpopo et Pays Venda et au Parc Kruger en Afrique du Sud à l’aide de la carte ci-dessous :







Afficher Afrique du Sud : Limpopo, Pays Venda, Parc Kruger sur une carte plus grande